Théoriser, Observer, Analyser, Modéliser le Géoweb

Porteurs

Françoise Gourmelon (LETG, Brest)
Matthieu Noucher (Passages, Bordeaux)
Thierry Joliveau (EVS, Saint-Etienne)

Contexte, problématique, rationalité, enjeux

Le Geospatial Web ou Geoweb peut se définir comme l’organisation par l’espace de l’information sur Internet à travers un géoréférencement direct ou indirect sur la surface terrestre. Ce processus d’indexation spatiale de tout type de contenus informationnels génère une généralisation de l’utilisation de l’information géographique au-delà de la sphère des experts géomaticiens, une accélération de sa circulation sur le web et la diversification de ses usages. Cette triple évolution (généralisation de la production, accélération des flux et expansion des usages) engendre aujourd’hui une démultiplication de l’offre en données géographiques sur Internet.
Dans ce contexte de mise en réseaux des bases de données, des applications et des usagers, «l’univers de l’information géographique» (Ballatore, 2014) connaît un rapide renouvèlement pour s’adapter à ces nouveaux usages tant au niveau des données et des techniques que des pratiques et concepts associés. Ce nouveau champ de la géomatique génère des enjeux de recherche, notamment pour être en mesure de rendre visible les contenus effectivement diffusés sur le web par des infrastructures de données souvent opaques qui peuvent parfois s’apparenter à de véritables boites noires algorithmiques. Il implique aussi de comprendre les formes de spatialité, nouvelles ou renouvelées, qu’ouvre le Géoweb.
Cette action prospective vise donc à fédérer les travaux de recherche qui analysent la manière dont les données géographiques circulent sur les plateformes institutionnelles, commerciales ou collaboratives accessibles via le web, et leurs modes de production, utilisation, valorisation. En réunissant les chercheurs de différentes disciplines (géographie, informatique, sciences de l’information et de la communication) qui travaillent sur l’observation, la visualisation et la qualification des flux de données géographiques qui transitent par ces plateformes, cette AP permettrait de comprendre les nouveaux usages de l’information géographique selon différents points de vue et à l’aide de méthodologies et d’outils complémentaires.
Ce champ de recherche possède également un enjeu sociétal dans la mesure où les acteurs publics et privés, à différents échelons (de l’international au local) s’interrogent sur l’impact de ces nouveaux dispositifs en termes de gouvernance et de gestion territoriale et que leur impact dépasse largement la cartographie et l’aménagement pour innerver l’ensemble des activités sociales, des déplacements au travail, de l’information à la culture.
Cette proposition s’inscrit dans la continuité des actions engagées entre 2013 et 2016 par l’Action Prospective «Usages de l’information géographique» dans le cadre du GdR MAGIS. Elle prolonge ainsi les travaux de cette AP en focalisant ses centres d’intérêt sur le géoweb et en cherchant à privilégier des questionnements d’ordre méthodologique autour de l’observation, de l’analyse et la modélisation des données géographiques du web. Les résultats de l’AP «usages» tendent en effet à mettre en évidence l’importance des évolutions des pratiques liées aux nouveaux corpus de données disponibles sur Internet mais aussi les difficultés de qualification des usages face à ces corpus malléables et mouvants. Il nous semble alors que les questionnements soulevés dans cette proposition ne peuvent s’envisager sans un savoir-faire interdisciplinaire (en particulier entre informaticiens et géographes mais pas uniquement) qui constitue le fondement et la plus value du GdR MAGIS.

Verrous scientifiques, objectifs de l’AP

La déconstruction – reconstruction des contenus et des flux du géoweb doit faire face aujourd’hui à une série de verrous scientifiques :

  • Observation : comment être en capacité d’identifier les données géographiques qui circulent sur le web et de suivre leur évolution ?
  • Visualisation : comment extraire et explorer ces masses de données pour les analyser ?
  • Qualification : comment caractériser les usages associés à ces contenus et ces flux de données ?
  • Modélisation : comment représenter le contenu, les flux et les usages de l’information géographique circulant sur le web de manière systémique et dynamique?
  • Théorisation : l’impact potentiel de la géonumérisation de l’information nécessite de dépasser le simple niveau de l’observation. Il faut proposer une approche articulant observation empirique, méthodologie un travail d’élaboration théorique.